Réactions à la Charte

 

 

 

Réactions à la Charte de La Pierre d’Angle par le groupe de Rennes

 

 

Après une lecture lente et à haute voix, la proposition est faite à chaque membre du groupe de relire une fois la charte en silence et de souligner un mot ou une expression qui lui paraît important ou essentiel.

Puis un débat s’instaure au cours d’un tour de table.

Le prénom suivi de la lettre (A) est celui d’une personne qui ne vit pas dans des conditions de précarité.

 

Marcel :  J’ai pris « la transmission de la réflexion des plus pauvres à l’Eglise », parce qu’aujourd’hui on doit trouver dans l’Eglise un chemin de pacification intérieure, d’amour et de rencontre. Parce que je pense que le message de Jésus, qui s’est fait pauvre, c’est d’être pauvre ; donc c’est par sa parole qu’il doit y avoir réconciliation dans l’Eglise qui aujourd’hui pour moi n’est pas là. 

Annick  :   La même chose, parce que moi j’ai été pauvre dans le temps. 

Animateur (A) :   La transmission des plus pauvres à l’Eglise c’est ça ? 

Annick :   Oui, il était pauvre, on n’avait pas de lumière, on n’avait rien.

Danielle : Transmettre l’expérience de vie. Je ne sais pas trop de quelle façon mais voilà. Parce que les plus pauvres n’ont peut être pas cette possibilité. Aussi je témoigne d’eux un petit peu, je parle un peu pour eux, je ne sais pas si je le fais bien et comment, mais je pense que c’est ça. 

Annick L. (A) : Je ne suis pas allée très loin. Je me suis arrêtée à la première phrase : « Une fraternité entre les personnes du Quart Monde et d’autres qui les rejoignent. » Je trouve que c’est important quand on est ensemble, les personnes du Quart Monde et celles qui les ont rejointes. C’est un endroit où il n’y a pas de différence par rapport à l’Evangile, à Jésus et à notre vie de foi. Il n’y a pas les riches, il n’y a pas les pauvres : il y a ceux qui croient et qui essaient de faire rentrer, de se mettre au diapason de ce que Jésus nous a dit. Moi j’aime ressentir dans le groupe qu’on est tous sur un pied d’égalité, on voit les choses différemment sans doute, mais je trouve que plus on est proche mieux c’est.

 

Animateur (A) :   Donc toi tu relies ça au mot fraternité, fraternité entre les gens du Quart Monde et les autres… 

Annick L. (A)  … et ceux qui ne font pas partie du Quart Monde. Ça dans l’Eglise c’est important. Si on vient à l’église, qu’on s’y retrouve tous bien, alors on se sent bien. C’est pas encore fait mais ça va se faire petit à petit, il ne faut pas se décourager et je trouve que c’est important quand on voit quelqu’un qui hésite à entrer, qui reste au fond de l’église, d’aller le chercher pour le faire monter plus haut. C’est important qu’à l’église on se sente tous bien. 

Marie-Thérèse (A) :   J’ai choisi : « découvrir avec eux comment la présence de Dieu se manifeste déjà dans notre vie »,   parce que je trouve que c’est ça qu’on cherche à faire en fait, comment vivre selon l’Evangile dans notre vie de tous les jours et donc c’est ensemble. Comme dit Annick : c’est vrai qu’il n’y a pas de différence, on est comme des frères et sœurs dans le groupe, surtout que notre groupe est déjà assez ancien, donc on se connaît, et ça c’est vraiment très important : la fraternité.  

Régis (A) :    Alors moi c’est « apprendre des plus pauvres». C’est une référence au Christ, mais le Christ ne fait que faire référence à des gens qui sont pauvres.

On voit que le savoir des plus pauvres n’est toujours pas encore écouté, même si il y a des démarches, on parle de croisement. Même des politiques s’emparent aussi de ces termes, mais ces termes en fait sont complètement dévoyés sur le terrain. Ça c’est d’ailleurs un des combats. Moi si je reste proche d’ATD Quart Monde c’est qu’il y a un combat sur le terrain politique parce que sinon ça sert à rien. Je pense que là c’est comment faire rentrer le savoir des plus pauvres aussi dans des instances de recherche, de connaissance. Comment arriver là. On voit qu’on est encore en chemin, qu’il y a encore des portes, des blocages quoi. Je le vois dans la vie de tous les jours : si on est en situation précaire on est regardé bizarre. Enfin on finit par reconnaitre la précarité comme facteur discriminant. C’est plus possible qu’au 21ème siècle il y ait encore des gens à vouloir se substituer aux plus pauvres, voire à encore les enfoncer dans l’assistance. C’est plus tenable.

 

Geneviève   Moi j’ai souligné «  apprendre », parce que tant que je peux apprendre c’est très dynamique, c’est la meilleure des choses. Si je ne peux rien apprendre c’est triste. Et puis ça me met à l’écoute de chacun parce que c’est chacun autour de moi qui a quelque chose à me dire et à me faire découvrir. 

Maryvonne (A) : «  Dans la spiritualité initiée par Joseph Wresinski », parce qu’il me semble que c’est plus spécifique. Des groupes qui se réunissent autour de Jésus il y en a plein, mais avec des très pauvres sans doute moins. La façon que le Père Joseph a eue de lire l’Evangile et de le comprendre a ouvert une autre façon de rentrer en relation les uns avec les autres et du coup ça transforme, ça peut transformer, ça pourrait transformer, non seulement les relations entre nous mais aussi l’Eglise et aussi le monde. Si réellement on part du plus pauvre on ne va laisser personne de côté, tandis que si on ne va pas jusque là, il y en a toujours qui seront laissés de côté. 

Daniel :    «  Apprendre des plus pauvres » : eh bien, les pauvres ont une vie très concrète : des difficultés de la vie. Et la nécessité absolue de la solidarité, que les gens qui sont plus nantis perdent petit à petit. Quelquefois   la solidarité est la bouée de sauvetage des pauvres et en fait c’est pour ça qu’on a beaucoup à apprendre d’eux, on a à prendre des leçons. 

Yolande (A) :      « Approfondir pour la vivre la spiritualité du père Joseph. » Pour moi c’est très important. J’ai lu un petit peu, je ne sais plus quel livre, enfin quand j’écoute ce que dit le père Joseph ça me parle vraiment. 

Odile :     Moi c’est « apprendre des plus pauvres ». Je me sens assez proche d’eux parce que je me retrouve un peu dans cette situation-là. 

Annick L. (A) :   Voici ce que nous a écrit Annie R. : «  Ce qu’il faut, c’est essayer de vivre la parole de Dieu du mieux qu’on peut, penser à l’amour de Dieu, le partager avec les autres. Pour vivre une bonne spiritualité il faut agir comme l’a fait Jésus. Il faut regarder les hommes et les femmes dans la situation où ils se trouvent et accepter leurs différences. » 

Animateur (A) :   Vos réflexions peuvent permettre d’alimenter la réflexion sur la charte, car c’est important d’avoir des commentaires. Deuxième chose : qu’est ce qui ne vous paraît pas clair dans la charte ? 

Danielle : Moi, c’est la spiritualité du père Joseph. C’est laquelle ? Elle n’est pas expliquée. 

Maryvonne (A) :   Je pourrais dire quand même que les cinq points qui sont en dessous déclinent un peu la spiritualité du père Joseph : « apprendre des plus pauvres », etc. 

Annick L . (A) :   Oui, moi c’est là-dessus que je m’arrêtais aussi : « autour de la personne de Jésus et dans la spiritualité initiée par le père Joseph. » Mais en fait la spiritualité du père Joseph s’inspire vraiment de l’Evangile et suit la voie de Jésus. La boussole de Jésus est : ce que tu fais au plus petit d’entre les miens c’est à moi que tu le fais. Finalement c’est très très lié.

 

Danielle :     Il y a peut être des spécificités quand même. 

Régis (A) :   J’avais noté, à la fin de la charte : « pour avancer les uns par les autres. » J’aurais plutôt mis : « pour avancer les uns vers les autres »   et j’aurais plutôt dit :   «  pour se transformer les uns les autres ».

La spiritualité du père Joseph, je ne l’avais pas noté parce que effectivement c’est la spiritualité de l’Evangile. C’est la spiritualité des plus pauvres, qui est à mettre en avant. 

Marie Thérèse (A) :   Oui, mais il y a quand même la personne de Jésus. 

Régis (A) :    Oui, mais avant Jésus ce sont les plus pauvres, parce que le Christ lui-même a mis en avant les plus pauvres, parce que s’il n’y avait pas eu les plus pauvres il n’y avait pas besoin du Christ. 

Geneviève :   Je ne sais pas si je vais réussir à m’expliquer. Apprendre des plus pauvres, oui, mais moi aussi j’ai à apprendre.

 

Animateur (A) :   A apprendre de qui ?

 

Geneviève :   De ceux qui sont autour de moi. Je ne sais pas comment expliquer, mais je trouve que ça fait un peu : ceux qui apprennent et ceux qui vont vers la foule.

 

Animateur (A) :     Ceux qui vont enseigner ?

 

Geneviève   Oui voilà. Disons que ce sont les plus pauvres qui vont enseigner. Moi je préfère entendre : partage. Par exemple quand l’évêque est venu, on a partagé. Je me souviens qu’après tu nous avais demandé : qu’est ce qu’il vous a dit ? Je t’ai répondu : il ne nous a rien dit. Ah bon, il a écouté ? Non, il n’était pas en inspecteur ; il a partagé. Il n’est pas venu apprendre de nous ni nous apprendre, il est venu partager. 

Maryvonne (A) :     Je trouve que c’est très intéressant tout ce qu’on est en train de dire. On a tous à apprendre les uns des autres, c’est sûr, et on est tous porteurs du Saint Esprit. On a tous une présence de Dieu en nous à donner aux autres et à recevoir de chacun. Mais si on va trop vite, forcément ce sont ceux qui ont le savoir, le pouvoir des mots ou les codes de la société dont la parole va être reçue… Et là où je trouve que le père Joseph ouvre quelque chose de nouveau pour le monde d’aujourd’hui, c’est qu’il dit : Attention ! Jésus nous dit : allez voir jusqu’au plus petit, celui dont vous croyez qu’il ne vous apprendra rien parce qu’on n’attend rien de lui. Pendant des siècles l’Eglise a servis les pauvres, mais on leur a donné ce qu’on avait en trop… Et le père Joseph renverse les choses, il dit ce n’est pas ça seulement, c’est eux qui vont vous élever, c’est eux les maîtres, et ça change les situations, et à mon avis c’est là qu’il y a quelque chose de nouveau. Cette affaire du plus pauvre sur lequel on est sans cesse ré-interpellé par les autres. 

Animateur (A) :     Marcel, tu voulais ajouter quelque chose ?

 

Marcel :   On fait partie d’un groupe où la plupart des gens connaissent la pauvreté ou l’ont connue. Mais la charte elle est bien axée sur la pauvreté, ce qui veut dire qu’il faut quand même s’ouvrir aux autres, c’est-à-dire à des gens qui n’ont pas connaissance forcément de la pauvreté, mais qui font partie de l’Eglise, et c’est à nous aussi de s’ouvrir aux autres, c’est-à-dire aller à la rencontre de l’autre de façon qu’on ne reste pas enfermés sur nous-mêmes. L’Eglise ouverte sur le monde, c’est ça. 

Danielle :     J’ai trouvé que ce que Maryvonne a dit expliquait ce que c’était la spiritualité du père Joseph. Ce n’est peut être pas un mal que ce soit mis un peu dans la charte, parce qu’elle s’adresse à tout un chacun. Nous on est des gens d’ATD Quart Monde, mais les autres ne connaissent pas forcément.

 

Animateur (A) : La charte s’adresse aux personnes qui font partie des groupes de la Pierre d’Angle.

 

Danielle :   Oui, mais les nouveaux par exemple qui arrivent.

Animateur (A) :   Oui il y a nécessité de préciser ce qu’est cette spiritualité, mais est ce qu’il faut le mettre dans la charte ? Une fois par mois, dans les « Chemins de Vie », je mets une petite feuille : « Une spiritualité à partir du plus pauvre » qui essaie de décrire ce qu’est cette spiritualité du Père Joseph, touche par touche, précisément parce qu’elle n’est pas si claire que ça. 

Geneviève :   « Transmettre à l’Eglise » J’ai un responsable, c’est un homme d’un milieu très simple qui n’a pas fait beaucoup d’études et il est très bien. Donc ce qu’il y a à dire à l’Eglise c’est qu’on n’a pas à prendre les gens en fonction de leurs diplômes mais en fonction de leur vie intérieure. Je pense que c’est important de transmettre ça : que des gens même très pauvres ont des choses à dire. 

Animateur (A) :   La charte doit faire au maximum une page. En revanche ça peut être important d’avoir des commentaires, c’est-à-dire ce que les uns et les autres ont dit.   Tout ça peut faire partie des commentaires, qu’on pourrait mettre sur le site justement pour alimenter la charte.

Maryvonne (A) :   il me semble que les citations qui sont sur la charte ne sont pas anodines, notamment pour moi : « Je te bénis, Père, ce que tu as caché aux sages et aux instruits, tu l’as révélé aux tout petits » ? Il me semble que par cette porte-là on peut comprendre comment suivre Jésus.