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Premiers éléments important de Dilexi te

Quelques premiers éléments au sujet de ce texte très important.

1. Ce n’est pas un discours bisounours,

ou en décalage avec le monde tel qu’il est. C’est une parole très incarnée. L’amour pour les pauvres dont il est question (le sous-titre est « l’amour envers les pauvres ») est un amour qui vise à construire la justice, parce que, souligne avec beaucoup de force l’exhortation, l’injustice et les inégalités, un « péché social » (90), règlent tous les rapports humains, et que ce sont les plus faibles les principales victimes.

C’est la contemplation du Christ, (et pas n’importe quel Christ, mais un Christ « identifié avec les plus petits de la société » (2), qui doit nous conduire à rechercher la justice.

Le pape prévoit une objection : C’est bien de se faire proche des pauvres, mais l’essentiel de la vocation de l’Église n’est-il pas ailleurs ?

Non, pas du tout ! Au contraire, c’est là « sa vocation la plus profonde » (52). « C’est « avec les pauvres] que l’Église retrouve sa vocation à montrer sa réalité la plus authentique » (76 ; voir aussi 43 et 90 ; et 110 : « la question des pauvres nous ramène à l’essentiel de notre foi. »). Et cet amour des pauvres, « élément essentiel de l’histoire de Dieu avec nous » (103), rejoint toute la dynamique des deux Testaments reliés, et se trouve en pleine fidélité avec toute la Tradition de l’Église.

2. On sait de qui l’on parle.

Le mot « pauvre » ne renvoie pas à une réalité diluée… Ce sont « les plus pauvres parmi les pauvres, ceux qui manquent non seulement de biens, mais aussi de voix et de reconnaissance de leur dignité́ » (76) ; les « exclus et marginalisés, ceux qui sont considérés comme des “rebuts” de la société́ » (111). Et ce sont ceux-là dont il est fortement affirmé qu’ils « occupent une place spéciale dans le cœur de Dieu » et qu’« ils sont les préférés de l’Évangile » (76).

3. La rencontre des pauvres est de l’ordre de la Révélation :

« Nous ne sommes pas dans le domaine de la bienfaisance, mais dans celui de la Révélation : le contact avec ceux qui n’ont ni pouvoir ni grandeur est une manière fondamentale de rencontrer le Seigneur de l’histoire. À travers les pauvres, Il a encore quelque chose à nous dire » (5).

4. La foi ne se limite pas à la sphère privée (112).

Elle doit se préoccuper de tout ce qui touche l’humanité, et en priorité des pauvres (112). « L’annonce de l’Évangile et l’expérience chrétienne [ont] des conséquences sociales » (97). À ce sujet, la Bible est une parole tellement claire « qu’aucune herméneutique ecclésiale n’a le droit de la relativiser » (31).

Le choix à faire en faveur des plus faibles, est à la fois impératif, décisif et radical (16). Ce n’est pas « un choix accessoire » (58).

5. Apprendre des pauvres.

Par leur « intelligence particulière, indispensable à l’Église et à l’humanité́ » (82), les pauvres voient et entendent ce que nous pouvons pas voir et comprendre (voir n° 100).

Il nous faut donc les écouter, parce qu’ils sont moteurs d’un changement nécessaire.

Pour conclure.

En lisant cette exhortation, essentielle pour la vie de l’Église et du monde aujourd’hui, je me souviens de ce qu’écrivait le pape François dans son exhortation apostolique La Joie de l’Évangile : « Je crains que ces paroles fassent seulement l’objet de quelques commentaires sans véritables conséquences pratiques. Malgré tout, j’ai confiance dans l’ouverture et dans les bonnes dispositions des chrétiens, et je vous demande de rechercher communautairement de nouveaux chemins pour accueillir cette proposition renouvelée » (La Joie de l’Évangile, n° 201). Il faisait cette remarque après avoir parlé de « la place privilégiée des pauvres dans le peuple de Dieu ».

Alors, oui, qu’allons-nous faire de cette exhortation Dilexi te ? Elle n’est pas un monument à visiter, mais une parole à mettre en pratique.

Jean Claude Caillaux